Instabilité consubstantielle
La théorie du projet conduit à penser le projet comme un système, il possède donc une limite que l’on peut déterminer soit dans le temps (calendrier, planning), soit dans l’ensemble des tâches qu’il implique et leur enchainement, en fonction de l’objectif (méthode). L’objectif détermine donc la limite du projet. Peut-on aborder le projet sans objectif?
Pour identifier un projet, on lui donne en général un nom. Or il s'avère en pratique (dans le cadre de la démarche ici présentée) que les noms sont instables, au même titre que la nature des projets. Le nom qui apparait spontanément à un instant donné sert à désigner la chose (designer la chose), à circonscrire un ensemble d’opérations, processus, fichiers, données, qui composent une oeuvre, ou ce qui se présente comme telle, c’est à dire une unité identifiable comme unité.
Dès lors que cette unité déclarée change de nom, que reste-t-il de cette unité? Avons nous assisté à la mutation d’une chose en une autre chose ou bien encore, est-ce qu'il y a une chose plus vaste, plus importante qui contiendrait la chose première, la chose en mutation, et le résultat de cette mutation, un continuum.
Dans tous les cas, l'observation de la pratique numérique, vue comme réduction d'une pratique quelconque, conduit à penser qu’il n'y a pas de choses closes. Par exemple un logiciel qui atteint un certain état de fonctionnement par rapport à des fonctionnalités décrites est un ensemble de codes qui s'exécuteront dans un contexte donné. Que ce contexte change, alors la chose change, même si le code est le même, des fonctionnalités ne seront plus disponibles, les effets sensibles seront modifiés. Que reste-t-il de l'oeuvre? Sans doute une intention. La chose stable serait donc l'intention, c’est à dire le projet, en dehors de sa réalisation.
Qu'une intention change de nom ne change pas nécessairement l'intention en elle-même, mais pour résoudre ce problème d'instabilité consubstantielle à l'environnement numérique, et tout environnement complexe en général, il faudrait donc identifier et décrire précisément les intentions, dans une terminologie la plus neutre possible, sans référence à des techniques particulières, mais en fonction de notre humanité, un référent commun. Il ne s'agit donc pas ici de neutralité dans l'objectivité mais justement de subjectivité de l'intention, neutralisée par le langage, fut-il plastique.
Ainsi l'oeuvre peut devenir l'expression de l'intention en dehors de sa réalisation.